Dakar New Wave : la jeune scène mode en conversation avec ses mères

À travers les conversations téléphoniques de leurs mères, la réalisatrice Amy Sarr dresse le portrait d’une nouvelle génération de créatifs dakarois. Un film intime où avant-garde, transmission et liens familiaux se rencontrent.

MAARS : Le titre Dakar New Wave affirme l’existence d’une nouvelle vague, comment définiriez-vous cette génération de créatifs ?

Amy Sarr : Les marques que je réunis dans le film sont très différentes les unes des autres et proposent chacune quelque chose de singulier. Ce qui les rapproche, pour moi, c’est surtout leur manière d’innover, de développer leurs propres codes et de se démarquer à travers leurs façons de faire. La notion de « nouvelle vague » renvoie donc à une nouvelle manière d’aborder la création, parfois en rupture avec certaines façons de faire du passé. Le Sénégal a une grande diaspora à l'international, et les influences qui nourrissent cette génération peuvent venir de partout dans le monde, tout en restant en dialogue avec les pratiques, et les références de nos parents. C’est justement ce mélange qui m’intéresse : quelque chose de très contemporain et mondialisé, mais qui reste constamment en conversation avec un environnement et une histoire qui lui sont propres.

MAARS : Comment avez-vous choisi les créateurs et pensé l’équilibre entre leurs univers individuels et cette image plus large de Dakar ?

A.S : Ce sont avant tout des créateurs dont j’admire beaucoup le travail, mais aussi des marques dont on entend régulièrement parler à Dakar et qui participent déjà activement à cette scène créative. Ce sont des marques déjà très établies, localement comme à l’international, et qui ont chacune développé un univers très identifiable. Leurs créateurs se distinguent par leurs diverses techniques, styles, influences, leur rapport aux matériaux, ou encore leurs manières plus responsables de produire, et c’est cette diversité qui définit la scène contemporaine. Il y en a bien sûr plein d’autres, mais je trouvais que celles-ci donnaient un bel aperçu de cette nouvelle vague qui se situe dans cette volonté de faire autrement et de développer de nouveaux langages à partir de Dakar.

Extrait de Dakar New Wave

MAARS : Pourquoi avoir choisi de raconter cette nouvelle génération de créatifs dakarois à travers la voix de leurs mères, plutôt qu’à travers leur propre parole ?

A.S : On est tous, d’une certaine manière, des produits de nos environnements. J’imagine que, pour la plupart des amateurs de mode au Sénégal, les premières choses que l’on remarque en grandissant sont celles que portent nos parents : leurs tenues, leurs accessoires, les motifs, les couleurs, ainsi que tout ce qui compose l’environnement visuel de la ville. Il y a toujours eu des maisons de mode au Sénégal, des créateurs originaux et des manières très diverses de créer. Mais dans le contexte culturel actuel, surtout de la perspective des parents, on peut facilement avoir l’impression qu’il y a d’un côté, les « artistes » ou les jeunes qui sont « dans leurs délires », et de l’autre leurs parents, plus « traditionnels », qui seraient extérieurs à ces mondes. C’est justement cette séparation apparente qui m’intéressait.

On peut avoir l’impression que les pratiques et les références de cette génération sont complètement nouvelles, mondialisées, voire éloignées de celles de leurs parents, mais en même temps il y a une certaine continuité. Les mères que l’on entend dans le film ne se considèrent pas du tout comme faisant partie de cet univers créatif. Elles se moquent des délires de leurs enfants, ne comprennent pas leurs références ou leurs façons de travailler. Mais on voit quand même qu’elles observent, qu’elles retiennent des choses, et qu’elles ont elles-mêmes un rapport à la mode, aux vêtements, aux matières, aux couleurs et à l’apparence. Pour moi, c’était une manière de montrer que ces deux mondes ne sont finalement pas aussi séparés qu’ils peuvent le paraître. La génération actuelle invente de nouvelles formes et peut être nourrie par des influences internationales, mais cela n’enlève rien au fait qu’elle vient d’un environnement, d’une famille, d’une histoire et d’une culture visuelle qui existaient déjà avant elle. Au Sénégal, on est beaucoup dans la plaisanterie, quelqu’un a toujours son mot à dire, ma mère et mes tantes sont toujours au téléphone. C’était donc pour moi la meilleure manière d’illustrer tout ce dialogue.

Extrait de Dakar New Wave

MAARS : Le film fait ainsi cohabiter des propositions très contemporaines avec des voix en wolof qui portent une autre mémoire de Dakar. Y a-t-il une volonté d’interroger la manière dont une génération peut inventer de nouvelles formes sans rompre avec celle qui la précède ?

A.S : Oui, c’est exactement ce qui m’intéressait. Pour revenir à la question précédente, il s’agit surtout de rappeler que même lorsque deux générations peuvent sembler très éloignées, il existe toujours un dialogue entre le passé, le présent et l’environnement dans lequel on évolue.

Je ne pense pas que la création contemporaine sénégalaise puisse être comprise uniquement comme une rupture avec ce qui existait avant. Elle peut parfois en avoir l’apparence, mais elle est aussi nourrie par des choses beaucoup plus anciennes : des manières de s’habiller, des rapports aux matières et aux couleurs, des objets, des habitudes, des manières de se présenter. Ce qui rend les marques du film particulièrement intéressantes pour moi c’est justement le fait qu’elles portent, chacune à sa manière, certains éléments que je pourrais associer à la génération de nos mères, tout en les transformant complètement. Il ne s’agit donc pas nécessairement de choisir entre le passé et le présent, mais de regarder comment ils peuvent coexister et produire quelque chose de nouveau.

Crédits :

Written & directed by Amy Sarr @amysarr

Produced by Shape & Colors @colorscolors.tv

Executive Producer Colors : Julie Mathieu Moreau @julie__mathieu & Jules Dieng

Production coordinator : Alice Brassard @Alice.bchag

Producer Senegal : Aminata Sarr @saara_aamee

Production assistant : Medoune Ly @ly_medn

1st assistant director : Abdou Sané @kambossa

Director of photography: Mamadou Conaré

Camera Assistant : Moussa Diallo @moussapresco

Models : Nanette Diop @nanette_diop, Amy Lucia Diop @amylucia_diop, Khadija Diao @dija_top_, Laurent Mendy @laurent_mdy, Kadidiatou Ane @kadi_model, Bachir Ndiaye, Oumy Dione

Model agency: Amy Faye @amyafaye - @afayeagency

Make up : Nina @Mix-beauty- by-ndr

Styling: Marieme Diop @mamoodkr

Designers: Selly Raby Kane @sellyrabykane, Khadija A. Ba @lartisane.shop, Cheikh Kébé @iamcheikhkebe, Pape Diouf @guissguiss_boutik, Dalanda Detta @maisondetta

Location assistants: Papa Doudou Sow @diamou_yalla66, Fatou Mbaye @mbayefatu031

Sound engineer : Abdou Ndiaye @abdou_aziz_ndjaay_16

Camera rental company : MDPRODUCTION @mdproduction.sn

Lighting : Pape Sarr @pape_sarr_08

Catering : O’Delice d’Alice @o.delice.alice

Editor & Colorist: Davy Clive Lemani @davy_clive

Music : Francis Manel Sembe

Audio Mixer : Etienne Espannet

Consultant : Abdoulaye Sy @silm4n

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