DJOGO :
Faire rayonner le football congolais depuis la diaspora
Avec un fil conducteur vert et blanc, symbolisant la sagesse et la douceur de sa grand-mère, DJOGO narre le rapport intime au foot du photographe Passy CoeurNoir.
Direction artistique et photographie par Passy CoeurNoir — Interview de Sandra Dibansa
MAARS : Qu’est-ce que DJOGO ?
Passy CoeurNoir : C’est mes racines, ma culture et un peu mon histoire. Cela faisait 4-5 ans que je voulais faire un projet qui accorderait ma culture avec plusieurs de mes passions : le football, la mode, mon pays d’origine, la République Démocratique du Congo, et ma grand-mère. Le sport, l’héritage et la famille sont autant de sujets qui peuvent toucher tout le monde, qu’on soit congolais, afro-descendant ou non.
MAARS : “DJOGO” signifie joueur de foot en lingala, pourquoi avoir choisi ce nom ?
P.CN : J’ai hésité longtemps à prendre un nom en français ou en anglais pour faire plus “accessible”, mais j’ai opté pour un nom en lingala car il est important qu’en tant qu’enfants de la diaspora on participe au soft-power de nos pays d’origine. Je trouve que c’est un aspect qu’on néglige beaucoup dans l’art, alors que c’est un vecteur qui est très important. Plus un pays est connu, plus on fera attention à ce qui s’y passe.
MAARS : Ce projet est à la fois un hommage au foot et à la RDC, ta grand-mère semble en être à l'épicentre.
P.CN : Mes premiers souvenirs sont avec elle, je l’accompagnais partout. D’une certaine manière, ce sont des images très fortes que je garde à l’esprit tout au long de ma vie. Elle a été fondamentale dans mon rapport à l’art car elle ne m’a jamais jugé sur ma sensibilité. J’ai le privilège de ne pas avoir grandi avec quelqu’un qui me dise que je n’ai pas le droit de pleurer parce que je suis un homme. Si cela arrivait, elle m’incitait à m’exprimer, à lui parler.
Ainsi, tout ce que je fais est un hommage à elle. C’est comme si elle était derrière moi et qu’elle me disait : “Vas-y, lâche-toi, fais-le.”. Chez nous au Congo, les ancêtres sont très importants. Elle est comme une boussole qui dirige tout ce que j’entreprends.
MAARS : Quel est ton rapport au foot ?
P.CN : Je suis né au Congo, j’y ai passé les quatres premières années de ma vie avec ma grand-mère. C’est elle qui m’a introduit au foot, dès que j’ai su marcher j’ai eu un ballon aux pieds. J’en ai ensuite pratiqué en club de mes 8 à 17 ans, puis j’ai repris cette année.
MAARS : Qu’as-tu ressenti quand tu as vu que la RDC était qualifiée à la Coupe du Monde 2026 et comment as-tu l’impression que cette participation à la CdM dialogue avec ton projet ?
P.CN : J'étais extrêmement heureux. On s’est qualifié pour la Coupe du Monde après 52 ans, jamais je n’aurais cru assister à ça aussi jeune. Il s’agit de quelque chose de banal pour les pays occidentaux, mais pour nous c’est presque une anomalie car on part avec beaucoup moins de chances. Participer à la CdM permet de faire rayonner le pays à l’international, les gens y seront donc un peu plus attentifs. Cela permettra peut-être de faire bouger les choses sur place car l’impact du foot dépasse largement le sport.
Puis le hasard fait bien les choses, à la base je devais réaliser le projet l’année dernière mais pour des questions de budget et de temps ça ne s’est produit que cette année.
Art Direction & Photography : Passy CœuNoir
Vidéo : Joël Tsoundidi
Stylisme : Carla Biswese
MUA, coiffure : Marine Okétokoun
Modèles : Kenza Adjibade, Boubacar Ndongo, Jurkuch Garang, Mondésir Mycove
